Des chittres et des leffres

Des chittres et des leffres, une vidéo de Margaux Derhé et Laurent Santi.

Cette vidéo, Des chittres et des leffres, est une réinterprétation douce-amère de la célèbre émission de télévision Des chiffres et des lettres.

Nous avons choisi de nous attaquer à cette émission plutôt qu’à une autre, car c’est la plus ancienne émission française encore diffusée. Que nous l’aimions ou pas, elle a toujours été là, monstre sacré cathodique, croquemitaine susurrant additions et mots de neuf lettres, squelette dans le placard de nos grands-mères, qui n’en rataient jamais une diffusion. Nous avons pensé cette vidéo comme une sorte d’hommage à tous ces grands-parents qui attendent la grande faucheuse assis bien au chaud contre la cheminée, en regardant ces émissions qui nous ont toujours exaspéré mais qui provoquent chez nous, contre notre gré, une infinie tendresse.

Entre parodie et extrapolation des codes télévisuels, nous avons voulu ajouter, par les procédés du stop motion et de la marionnette, une sorte de fragilité, de cassure, à un objet – l’émission – léché, propre et consensuel.

Le stop motion est une sorte d’injure à la réalité, il donne une impression de cisaillement du réel, d’une déchirure. En utilisant ce procédé, nous avons décidé de refuser la fluidité, cette fausse douceur chère au monde de la télévision, si avide d’images aussi vite ingurgitées qu’elles sont digérées.

Les marionnettes, par nature, ne sont que de simples simulacres. Or, ici, les êtres qu’ils singent sont déjà des pantins dans leur castelet – le poste de télévision -, des personnages déjà vêtus d’un masque. Représenter en marionnette des vedettes et des candidats ne connaissant qu’une heure de gloire, c’est donner corps aux imperfections, gratter l’écran pour dévoiler le câblage.

Ici, les marionnettes sont des demi-corps, nous n’avons pas cherché le réalisme. Jean-Patrick Manchette l’écrivait : « Plus ça va et plus la réalité est apparemment dans son tort. C’est bien : elle ne va plus pouvoir se maintenir très longtemps. » Ces demi-corps bougent, parlent, tentent de faire passer des émotions. Ils sont aussi vrais que les demi-corps de ces vrais candidats dont on ne voit que le buste, aussi faux que ces faux sentiments dont la télévision nous abreuve.

Vidéo réalisée en collaboration avec Margaux Derhé.

(merci à Mélissa Cortèse et à Johan Duchamp de nous avoir prêté leurs voix)

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